Analyse de préjugés sur le hijab

Travail de recherche sur un énoncé d’ethnocentrisme, Tiré de : « Le voile, encore le voile », de Rima Elkouri par M. Guérin, Université de Montréal, Faculté de l’éducation permanente, Travail présenté à Renée Bourque, dans le cadre du cours PPL3040, Communication Interculturelle, octobre 2007.

1. Introduction

Ethnocentrisme :

« Attitude consistant à juger les autres peuples d’après les normes éthiques de sa propre culture érigées en modèle universel.»

Le jugement, étant une action naturelle de l’homme et servant à distinguer le bon du mauvais, est lié à une échelle de valeurs et de croyance ainsi qu’à leurs représentations culturelles qui se veulent rassurantes. Dans certains cas où ces représentations ne sont pas semblables, face à l’inconnu, un sentiment de gêne ou d’insécurité peut alors se manifester, se résolvant généralement en une interprétation basée sur le propre code culturel de la personne vivant une situation interculturelle conflictuelle.

La définition ci-haut, très générale, englobe bien la simplicité du phénomène et laisse la voie ouverte aux différentes issues de comportements personnels, d’un éventail de réactions beaucoup plus vaste que la situation-type évoquée ci-dessus, telles la surévaluation de sa culture propre, l’indifférence ou le manque de considération de l’exo-culture ou la négation de certains de ses aspects. La mécompréhension est la base de l’ethnocentrisme. Il est difficile, devant une situation incompréhensible, de n’effectuer aucun jugement, particulièrement lorsqu’une réaction est attendue de nous, tels les éditorialistes ou les chroniqueurs dans les journaux.

Au Québec, les systèmes de croyances sont particulièrement remis en cause depuis la Révolution tranquille – particulièrement au cours des années 1960 – et l’arrivée d’un nouveau groupe d’immigrants qui ne partagent pas la religion des anciens groupes (majoritairement chrétiens-européens-occidentaux) ravive les passions, les insécurités et les questionnements soulevés il y a quelques décennies.

 

2. Présentation d’une expression d’ethnocentrisme

La religion musulmane, condamnée par les médias, qui ont avivé imprudemment la masse populaire, est présentement le bouc émissaire de la majorité des frustrations et des incompréhensions interculturelles au Québec. Le gouvernement de M. Charest a prit la décision d’impliquer tous les citoyens à cette problématique, liée à l’immigration, au moyen d’une commission spéciale chargée de recueillir les opinions pan-provinciales, soit la Commission Bouchard-Taylor.

 

L’effet s’est concrétisé en une escalade de propos ethnocentriques toujours plus manifestes, alimentés continument par la presse et par la masse populaire, maintenant médiatisée. Cette ascension de commentaires dépréciatifs, en majorité issus de projections culturelles, donne lieu à plusieurs articles de type éditorialistes publiés dans le cahier A de La Presse, quotidien dédié à la masse populaire pourtant reconnu pour sa plus grande neutralité et sa recherche sur les questions de fonds.

 

L’édition du lundi 24 septembre 2007 porte en couverture la photo d’une femme portant le niqab, un voile porté par certaines femmes musulmanes, couvrant le visage mais laissant paraître les yeux. Sans être à l’encontre de l’Islam mais étant toutefois marginalisé, ce type de foulard est plus populaire dans la région de l’Arabie Saoudite et auprès des tenants de la doctrine des Wahhabites – un groupe religieux au pouvoir en Arabie Saoudite, créé et mis en place par l’Angleterre, ancien colonisateur, en tant que stratégie politique. Les pages A2 et A3 portent entièrement sur le sujet du voile musulman, pages normalement réservées aux sujets politiques à grande portée.

 

En page A2, une chronique rédigée par Rima Elkouri, tirant plutôt vers le caractère de l’éditorial, portant le titre dépréciatif « Le voile, encore le voile », expose les résultats d’une étude publiée en 2003 portant sur les diverses raisons motivant les femmes musulmanes à porter le voile. Elle a été réalisée à l’Université Concordia par Homa Hoodfar, une professeure d’anthropologie d’origine iranienne se déclarant féministe. Cette étude est basée sur l’échantillon d’une centaine de femmes, plus probablement des étudiantes de l’Université Concordia et provenant de pays issus de la colonisation anglaise, et de seulement 12 femmes pour approfondir certains aspects liés aux résultats. Ceux-ci sont très variés et couvrent des motifs religieux, politiques et familiaux.

 

L’auteure de la chronique écrit, dans son introduction :

« D’emblée, mon fond féministe me porte à suivre la rumeur et à désapprouver le port du voile en tant que puissant symbole de l’inégalité homme-femme. D’emblée, je ne peux qu’être révoltée par tous ces voiles instrumentalisés par les fondamentalistes, déployés fièrement comme autant de drapeaux. »

 

3. Décentration de l’ethnocentrisme

Afin d’épurer cet énoncé à sa base neutre, exempte d’ethnocentrisme, les trois mécanismes principaux l’ayant influencé se doivent d’être identifiés.

 

3.1 Mécanisme d’identification des groupes

D’abord, le mécanisme d’identification consiste à se reconnaître au sein d’un groupe et à catégoriser l’étranger à l’intérieur d’un autre, extérieur à soi. Dans cet exemple, l’éditeur publie la photo de l’auteure en liaison avec l’article ; on y voit une jeune femme au génotype caucasien, aux cheveux taillés aux épaules et, comme son nom le confirme, n’appartenant visiblement pas au modèle « québécois de souche » qui fait référence aux immigrants des siècles passés. D’après ces informations, cette femme appartiendrait au large groupe des peuples européens.

 

Par contre, de sa propre plume, s’identifiant clairement à un groupe de portée beaucoup plus politique : « mon fond féministe », elle se classe parmi les féministes modernes issues de la révolution industrielle en occident. Pourtant, les mots « mon fond » relativise l’aspect féministe pour ramener la catégorie à ce que je définis comme « femme occidentale partageant les principales valeurs partagées par les adeptes du mouvement féministe moderne ».

 

Le deuxième groupe en considération, mentionné dans la deuxième phrase : «par les fondamentalistes», l’oppose à une catégorisation créée par les occidentaux et en laquelle les musulmans ont peine à imaginer ce qu’elle représente. La recherche de la définition du mot «fondamentalisme» mène à une observation historique puisque le mot aurait prit naissance aux États-Unis, au début du XXème siècle, afin de distinguer les gens de confession chrétienne qui excluent des innovations libérales. Ces éléments constituent constamment la définition inscrite dans l’ensemble des dictionnaires officiels, tels que celui de l’Office de la langue française du Québec et de TV5.

 

Pour les penseurs athées, la définition intègre des éléments de non-concession et de primitivité pouvant être interprétés comme arriérés . Pourtant, un homme de confession musulmane, tentant de définir le fondamentalisme contemporain d’après les étiquettes publiées dans les médias au cours des dernières années, abouti à la conclusion que ce terme reg
roupe librement et simplement deux éléments dont le lien qui les regroupe peut grandement varier, soit l’islam et la puissance.

 

Fait intéressant, cet énoncé regroupe en effet ces deux concepts, le sujet étant le port du voile musulman et par les termes «puissant symbole». Dans ce contexte, j’ai librement associé l’utilisation du mot puissance, ici n’étant pas utilisé dans la volonté de faire éloge, au concept de peur, réaction naturelle face à un symbole puissant d’un exo-groupe. À la lumière de ces définitions, il est probable que l’auteure de cette chronique catégorise les musulmanes qui portent le voile dans un groupe représentant des gens « adeptes d’un conservatisme d’ignorance et possiblement porteurs de danger à la cohésion sociale ».

 

3.2 Mécanisme de projection

En tant que «femme occidentale partageant les principales valeurs partagées par les adeptes du mouvement féministe moderne», Mme Elkouri projette simplement l’interprétation du voile musulman partagé par les membres de son groupe. Ceci est énoncé dans la première phrase : «mon fond féministe me porte à suivre la rumeur et à désapprouver le port du voile». Le sens qu’elle donne au voile est donné à sa suite : «puissant symbole de l’inégalité homme-femme». Ici se trouve la première projection, soit la perception de l’égalité entre les hommes et les femmes.

 

Les revendications féministes qui influencent les pays occidentaux ont beaucoup évoluées depuis l’apparition du mouvement.

 

L’écart entre la définition d’une pionnière du mouvement, Mlle Léontine Zanta,


« le féminisme n’est pas une rêverie d’utopiste, une boutade de cerveaux
exaltés, c’est la revendication juste et légitime de la femme à ses droits
d’être humain »,

 

et les revendications contemporaines telles que le rejet de la


« sexuation des humains (…) [qui représente du sexisme et] une différence de statut et de traitement entre deux classes de sexe, avec en arrière-plan l’idée d’une complémentarité dans la différence qui trouverait sa pleine actualisation
dans le couple hétéronormé »,

se trouve justement le conflit de valeurs entre les féministes et les croyants d’un dieu unique (soit les juifs, les chrétiens ou les musulmans), pour lesquels cette complémentarité est créée par le Créateur et est donc nécessaire.

 

Au sens du féminisme moderne, le concept : «différence de statut et de traitement entre deux classes de sexe» interprète le port du voile, présent dans la religion musulmane ainsi que certaines églises chrétiennes et juives, comme une expression d’inégalité puisqu’il n’est prescrit que pour les femmes (complémentarité des sexes). C’est donc sous cette projection que l’auteure de la chronique ici discutée établie sa perception des relations hommes-femmes.

 

Pourtant, d’après la première définition ci-haut, le port du voile ne présente en aucun cas une infraction liée aux droits humains de la femme, puisque le mot arabe « hijab » se traduit par « protection » et il est un simple acte de modestie.

 

Pour les musulmans, le hijab, extension naturelle du devoir de couvrir par un vêtement toutes les parties du corps à l’exception du visage et des mains, est prescrit obligatoirement à la femme afin de la protéger des tentations externes et internes, mais surtout de la dégradation de la considération de la femme au profit de l’importance de la beauté et du charme et des problèmes sociaux et psychologiques qu’ils peuvent engendrer.

 

Pour ce qui est des droits de la femme, la religion musulmane comprend une série de lois et une banque de jurisprudence protégeant la femme à divers degrés, dont l’héritage, les droits conjugaux, les droits familiaux et les droits sociaux, tel que de garder son nom de famille, d’étudier et de travailler, depuis déjà le VIIème siècle. D’ailleurs, un hadith (parole du prophète Mohammed) signifie que tous les humains sont égaux comme les doigts d’un peigne, hommes ou femmes, et cela est aussi présent dans le Coran. Donc, l’interprétation du port du hijab associé à l’inégalité entre les hommes et les femmes est une projection liée au groupe d’appartenance de Mme Elkouri.

 

Le concept que ces voiles sont «instrumentalisés» et «déployés comme autant de drapeau» fait référence à la motivation politique pour laquelle certaines femmes musulmanes moins pratiquantes décident de porter le voile. Cette motivation est décrite plus loin dans la chronique, parmi les motivations familiales et religieuses évoquées dans l’étude de Mme Hoodfar.

 

Cette deuxième phrase, suivant la première, sous-entend que le port du voile est uniquement une pression politique, plutôt qu’un acte d’adoration. Ici, Mme Elkouri dénonce le jumelage de la politique et de la religion, phénomène lié au passé dans l’histoire de la majorité des pays démocratiques occidentaux, qui a laissé place au jumelage de la politique avec une science athée, dans le but de l’application d’une politique laïque, où la pratique des croyances est désormais un phénomène privé et non partagé dans la sphère publique.

 

Ceci est une projection dans le sens où Mme Elkouri, se groupant parmi les féministes modernes, ne croyant donc pas à la complémentarité des genres (tel qu’expliqué plus haut), se rapprochant ainsi de l’athéisme et étant membre d’une collectivité occidentale, ne peut que difficilement imaginer un acte d’adoration publique n’ayant d’autres fins que l’agrément de récompenses de la part du Créateur.

 

De plus, dans la deuxième phrase, les termes «je ne peux qu‘être révoltée», témoignent d’une évaluation personnelle projetée sur l’ensemble de la population, en incluant le principe de non-alternative.

 

3.3 Mécanisme d’évaluation

Les projections de l’auteure de la chronique sont colorées d’une évaluation personnelle du phénomène de l’exo-groupe, finalisant ainsi le processus d’ethnocentrisme présent dans son discours.

 

Le terme « d’emblée », répété par deux fois, a pour fonction d’ajouter du dynamisme au propos, puisqu’il est l’équivalent diminué de l’expression « du coup » ou « au premier abord », comme si une étude approfondie de la question n’était pas d’utilité au jugement et qu’il n’y avait pas de jugement alernatif.

Par le mot « puissant », qui ne fait pas office d’un éloge mais induit plutôt la grandeur et l’ampleur de l’inégalité quelle perçoit dans le port du voile, est l’expression d’une évaluation négative de type très subtil.

Les termes « je ne peux qu‘être révoltée », témoignent d’une évaluation personnelle issue d’une opinion ferme opposée au port du voile.

Le terme « tous ces voiles » est un terme péjoratif dans ce contexte puisqu’il a pour fonction d’exagérer la quantité voiles portés dans le milieu publique.

Les termes « instrumentalisés » et « déployés fièrement » donnent un sens politique péjoratif à l’action de porter le voile, motif qui n’est, de plus, pas déterminant pour la majorité des musulmanes.

Le terme « fondamentalistes » est une référence dépréciative associant les mus
ulmans pratiquants à un conservatisme d’ignorance puissant et dangereux, comme expliqué par les différentes définitions du mot données en 3.1.

Pour reformuler cette citation, le terme « révoltée » a été remplacé, malgré qu’il soit l’expression d’un sentiment personnel, car il a ici une fonction réprobatrice. Le sentiment de confusion traduit tout autant le phénomène de mécompréhension entre les deux groupes.

Finalement, « comme autant de drapeau » doit être simplement retiré de par son lien avec l’expression qui le précède. L’expression « suivre la rumeur » devrait aussi être retiré pour donner plus de crédibilité au texte, mais il n’est pas entaché d’ethnocentrisme.

 

4. Reformulation de l’énoncé exempt d’ethnocentrisme

« Au premier abord, les valeurs féministes contemporaines me portent [à suivre la rumeur et] à m’interroger à propos du port du voile. Je ne comprends pas la nécessité des voiles portés par les musulmanes pratiquantes.»

Annexe

Le voile, encore le voile Rima Elkouri

Copie de l’article disponible à l’adresse : http://www.cyberpresse.ca/article/20070924/CPOPINIONS05/709240478/6751/CPOPINIONS05

La Presse

Les commentaires sur le voile musulman fusent à la commission Bouchard-Taylor. Le voile est sur toutes les lèvres, même s’il n’est que sur une faible minorité de têtes. Le voile est politique, le voile est un symbole de soumission et d’inégalité, le voile n’a rien à voir avec la conviction religieuse, dit-on.

D’emblée, mon fond féministe me porte à suivre la rumeur et à désapprouver le port du voile en tant que puissant symbole de l’inégalité homme-femme. D’emblée, je ne peux qu’être révoltée par tous ces voiles instrumentalisés par les fondamentalistes, déployés fièrement comme autant de drapeaux. Révoltée aussi par le sort injuste réservé aux femmes forcées de le porter en Arabie Saoudite ou en Iran.

Mais nous ne sommes ni en Arabie Saoudite ni en Iran. Demandez à des musulmanes d’ici pourquoi elles portent le voile et vous aurez toutes sortes de réponses parfois tout à fait surprenantes.

Homa Hoodfar, professeure d’anthropologie à l’Université Concordia, a fait le test dans le cadre d’une fascinante étude publiée en 2003(1). À l’aide de 12 musulmanes, certaines voilées, d’autres non, elle a cherché à connaître le point de vue sur le voile de plus d’une centaine de jeunes musulmanes de 15 à 33 ans vivant ici. Féministe d’origine iranienne et non voilée, l’anthropologue avoue que les résultats sont parfois venus bousculer ses propres idées préconçues.

D’emblée, Homa Hoodfar a constaté que les réponses des interviewées variaient énormément selon leur pays d’origine. Les Iraniennes, par exemple, qui ont pour la plupart fui l’étau d’un régime islamique qui imposait le voile, tendent, pour des raisons évidentes, à être extrêmement critiques face au voile et à ce que l’islam a à offrir aux femmes.

À l’autre extrême, les femmes d’origine somalienne, qui fuyaient la guerre civile et qui ont pu compter sur l’aide de la communauté musulmane à leur arrivée au Canada, ont souvent une vision bien différente.

On aime bien imaginer la femme voilée comme nécessairement passive et soumise, en attente de délivrance, de «notre» délivrance. On aime penser que les filles sont toujours obligées par leurs familles à se voiler. Pourtant, contre toute attente, plusieurs des filles interrogées pour cette étude ont dit qu’en fait elles ont dû se battre contre leurs parents pour pouvoir porter le voile.

Dans plusieurs cas, les parents opposés au voile avaient décidé d’immigrer au Canada pour assurer à leurs filles un meilleur avenir. Parfois, des pères ont tenté en vain de dissuader leurs filles de le porter… On est donc bien loin des scénarios d’oppression classiques à la Jamais sans ma fille.

On apprend aussi dans cette étude que certaines jeunes femmes qui n’auraient jamais porté le voile dans leur pays d’origine parce qu’elles le considèrent justement comme un symbole d’inégalité choisissent de le porter ici par réaction aux discours de diabolisation de l’islam. Pour elles, cela devient une question d’affirmation identitaire. Un acte de défi symbolique aux yeux de ceux qui les méprisent.

Aussi, à ma grande surprise, pour d’autres jeunes femmes interrogées, le voile est perçu comme une stratégie d’émancipation. Car en se voilant, certaines veulent envoyer à leur famille le message qu’elles sont de bonnes musulmanes pieuses. Elles gagnent ainsi la confiance de leurs parents et acquièrent une plus grande liberté.

Le voile devient une stratégie pour échapper à des traditions patriarcales comme le mariage arrangé. Face à des parents qui auraient tendance à interdire à leur fille de sortir ou de socialiser avec des non-musulmans, le voile est alors perçu comme un choix subversif vers l’émancipation. Il permet même à certaines de quitter la maison familiale pour aller à l’université ou de se lancer sur le marché du travail, des choix considérés comme audacieux dans certains milieux.

Tout ça pour dire que les raisons qui poussent des musulmanes d’ici à porter le voile sont pour le moins diversifiées. Ça ne m’empêche pas, personnellement, de continuer à y voir un symbole d’inégalité. Mais à moins de créer une nouvelle police de la pensée qui irait sonder les esprits pour savoir qui le porte par soumission et qui le porte par conviction, qui le porte par défi et qui le porte par dépit, il me semble simpliste de s’y opposer au nom d’une vision unidimensionnelle de la pauvre-femme-musulmane-soumise.

Malheureusement, comme le souligne Charles Taylor dans un intéressant texte publié la semaine dernière dans The Guardian(2), il semble impossible aujourd’hui de discuter du voile sans tomber dans les idées toutes faites sur l’islam. «Toutes les preuves sociologiques concernant les motivations des filles, qui sont en fait très variées, sont balayées comme étant non pertinentes. Tout ce qui compte, c’est la menace que pose l’islam», écrit-il (traduction libre).

Paradoxalement, c’est précisément pour défier cette vision unidimensionnelle de l’islam que certaines femmes choisissent le voile. Curieux cercle vicieux qui semble de plus en plus difficile à briser.

(1) The Muslim Veil in North America. Édité par Sajida Sultana Alvi, Homa Hoodfar et Sheila McDonough. Women’s Press, Toronto, 2003.

(2) «The collapse of tolerance». The Guardian, 17 septembre 2007. commentisfree.guardian.co.uk/charles_taylor/2007/09/the_ collapse_of_tolerance.html)

 

Notes

1 L’instrumentalisation des médias et leur engouement concernant la religion musulmane prend sa source dans une stratégie politique dont il n’est pas question dans le présent travail.

2 Aujourd’hui, le terme « créationnistes » est utilisé pour identifier les gens qui croient à la création de l’Univers par un être suprême, et donc réfutant des théories telles que celle de Darwin, toutes croyances confondues.

3 Fondamentalisme : « Courant théologique à tendance conservatrice, d’origine protestante, né aux États-Unis pendant la première guerre mondiale, et qui maintient une interprétation strictement littérale de l’Écriture. Note(s) : S’oppose à toute interprétation historique ou scientifique ».

4 Fondamentalisme : »Attitude philosophique qui consiste à être attaché sans nuance et sans concession aux dogmes fondamentaux, aux fondements d’une doctrine, surtout religieuse.(…) Cela va conduire à des attitudes de stricte observance des usages anciens, des interprétations premières, des formes primitives de la religion.  » (Jourdan, 1996)

5 Par exemple, à l’église Saint-Joseph de Montréal, il est recommandé aux femmes de se couvrir la tête à l’aide d’un foulard. Réf : GÉRARD, Mario, Catholique et…voilées, La Presse, 24 septembre 2007, http://www.cyberpresse.ca/article/20070924/CPACTUALITES/709240512/-1/CPACTUALITES

6 En Islam, l’homme aussi doit faire preuve de modestie dans son comportement vestimentaire et doit aussi se couvrir suivant certaines règles et recommandations.

7 Hadith rapporté par Bukhari

8 « Et quiconque, homme ou femme, fait de bonnes œuvres, tout en étant croyant… les voilà ceux qui entreront au Paradis; et on ne leur fera aucune injustice, fût-ce d’un creux de noyau de datte. » (traduction) 4 :124 Notons qu’à plusieurs reprises dans le Coran, les qualificatifs sont doublés masculins et féminins.

8 Comments

  1. MisSara 29 juillet 2009
    • yamaryam 29 juillet 2009
  2. MisSara 29 juillet 2009
    • yamaryam 29 juillet 2009
      • MisSara 29 juillet 2009
        • yamaryam 29 juillet 2009
        • MisSara 29 juillet 2009
  3. Tina Candela 12 octobre 2008

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